Exposition

L'Ornement est un crime

Collection design du MAMC+ de 1910 à 1970

Charles et Ray Eames - Chaise DCW - 1945 - Chaise assise et dossier en panneau de bois contreplaqué (CP) frêne moulé - Collection du MAMC+ Saint-Etienne Métropole - © droits réservés / Eames Office - Crédit photographique : Cyrille Cauvet/MAMC+

Gaël Perdriau

« Dans le cadre de leur partenariat fort et créatif, la Cité du design et le MAMC+ coproduisent l'exposition L'Ornement est un crime »

Notre Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole propose une programmation d'expositions temporaires d'envergure internationale et valorise une collection majeure de 20 000 oeuvres du XVIe au XXIe siècle, une référence parmi les musées en région. Composé d'acquisitions, de dons et de dépôts, le fonds muséal s'est étoffé tout au long des années avec notamment une collection remarquable d'oeuvres de design encore méconnues du grand public.
Dans le cadre de leurs partenariats forts et créatifs, la Cité du design et le MAMC+ coproduisent l'exposition L'Ornement est un crime du 30 juin 2018 au 6 janvier 2019. Cette exposition met en valeur la synergie des disciplines tout en valorisant le fonds design du MAMC+.

Saint-Étienne labellisée Ville créative Unesco fédère une communauté constituée d'une multitude de publics - locaux, régionaux, nationaux et internationaux - qui convergent en nombre vers notre territoire lors de chaque Biennale devenue aujourd'hui une référence dans l'univers du design. Il nous appartient de mettre ce label en lumière également à travers des programmations design en dehors de la Biennale afin de diffuser le plus largement possible ce patrimoine culturel riche.

Cette nouvelle exposition retrace l'évolution du design au XXe siècle à travers du design d'objet, de mobilier, d'arts ménagers sur la période 1910-1970. Les visiteurs percevront en filigrane des références au patrimoine industriel de Saint-Étienne et au design en tant qu'accélérateur d'innovation et de transformation du territoire.
Tous les publics sont invités à parcourir l'exposition qui peut être guidée grâce aux nombreux outils de médiation élaborés à leur intention. Selon ses envies, chacun peut s'initier ou approfondir sa connaissance avec des évènements programmés autour de l'exposition. Cette coopération entre le MAMC+ et la Cité du design augure la volonté de promouvoir cette collection design de près de 2 000 pièces, l'une des 4 grandes collections en France avec celle du Centre National des Arts Plastiques, du Centre Pompidou et du Musée des Arts Décoratifs.

En s'installant dans le temps, la valorisation de ces collections permettra au territoire de s'ancrer dans le paysage international du design et à Saint-Étienne de devenir la « destination culturelle design » par excellence.

Je vous souhaite de belles visites !

Gaël Perdriau - Maire de Saint-Étienne - Président de Saint-Étienne Métropole
Jean PARTENAY, TECHNES, Fer à repasser n°61, vers 1960 - 10,5 x 13,4 x 21,5 cm – Acrylonitrile butadiène styrène (ABS), acier chromé, fonte d’aluminium et composants électriques - Yves Bresson/MAMC+ © DRJean PARTENAY, TECHNES, Fer à repasser n°61, vers 1960 - 10,5 x 13,4 x 21,5 cm - Acrylonitrile butadiène styrène (ABS), acier chromé, fonte d'aluminium et composants électriques - Yves Bresson/MAMC+ © DR

L'Ornement est un crime

La Cité du design et le Musée d'art moderne et contemporain (MAMC+) de Saint-Étienne Métropole proposent un accrochage de la collection de design du MAMC+. Riche d'une centaine de pièces majeures, L'ornement est un crime met en lumière l'interdit qui frappe l'ornement dans la production artistique au XXe siècle (1910-1970). Considéré comme inutile, bourgeois et primitif, l'ornement est, pour les tenants de la modernité, « une survivance du passé », un archaïsme barbare qu'il faut éradiquer.


L'ornement est partout, de la façon la plus naturelle qui soit, dans la façon d'agrémenter nos corps, d'embellir nos maisons et de fleurir nos villes. Pourtant, au début du XXe siècle, l'ornement fait l'objet d'un rejet radical. Dans Ornement et crime, publié en 1908, l'architecte et designer autrichien Adolf Loos condamne avec violence « l'instinct d'orner », « signe d'une sensualité bestiale » et d'un état inférieur de la civilisation. À la tête du mouvement moderne, Le Corbusier dénonce l'ornement comme un stigmate moral et un parasite économique. Il faut l'éradiquer au profit d'un art pur, honnête et vrai.

Ce rejet unanime est d'abord orienté contre la culture du XIXe siècle. Les intérieurs du siècle passé sont assombris de lourds rideaux et de tentures, de sièges rembourrés et capitonnés, où se réfugient les microbes et la poussière, d'une profusion de bibelots dont la folle accumulation s'alourdit d'un bric-à-brac de références à tous les styles du passé. Pour les pères de la modernité, cette surenchère ornementale a failli à créer la culture de son époque, à donner sa forme au présent. Loin d'être un simple agrément du regard, la question de l'ornement porte, pour tous les pères de la modernité, un enjeu de civilisation.

Au début du XXe siècle, les modernistes affirment la puissance du simple. On déshabille l'objet de ses tapisseries et de ses passementeries pour en montrer l'ossature. On emprunte à l'industrie ses matériaux et ses modes de fabrication à la chaîne. On réduit au maximum le nombre d'éléments constitutifs d'un meuble au profit d'un conditionnement et d'un assemblage rapide. L'heure est aussi aux nouveaux matériaux, au béton, au métal, au verre, à la toile tendue, autant de médiums traditionnellement réservés aux lits d'hôpitaux et aux bicyclettes. Les designers revendiquent un style géométrique, qui fait la part belle à la ligne droite, aux couleurs primaires et à la structure de l'objet. Ce faisant, ils dessinent un art inédit, solidaire de la science et porteur d'un nouvel art de vivre, où le beau découle désormais de l'utile.

Cette théorie de l'art, qui cherche avant tout l'essence intemporelle au-delà des apparences malignes, renoue avec une certaine forme de platonisme, mâtinée d'un idéal démocratique : autrefois réservée à de riches commanditaires, la production ornementale est perçue comme un facteur d'inégalité sociale. Sa disparition prélude à la fabrique d'un monde plus juste. Pourtant, l'interdit fondateur de la chose ornée est vite contourné par les modernistes et leurs épigones. Le culte de la belle ligne et des surfaces lisses, l'agencement rythmé de carrés de couleur, l'attention portée à la beauté des matériaux, affirment tous la puissance du régime décoratif. Nul n'échappe à l'ornement qui loin de disparaître ne fait que changer de forme. Le mobilier réduit à son support, dépourvu de décor, devient l'ornement de la maison.

La Deuxième Guerre mondiale sera un accélérateur de la doctrine fonctionnaliste. Il faut bâtir vite et en nombre pour reloger les français. La lutte contre l'insalubrité des logements est au coeur des préoccupations. Le dogme de la simplicité est désormais une nécessité. L'ornement est sacrifié sur l'autel de la reconstruction. Les années 1950 sont les héritières de ces bouleversements. Le début des Trente Glorieuses et l'avènement de la société de consommation précipitent le passage de l'artisanat à l'industrie, de l'objet individuel à l'objet de série. Le fonctionnalisme géométrique des années 1930 est néanmoins tempéré par l'avènement des formes libres, curvilinéaires et biomorphiques, qui s'appliquent aussi bien au mobilier qu'aux objets de la vie domestique. La période des années 1960 est le temps de toutes les révolutions : morale, politique, scientifique, mais aussi esthétique. Le monde des arts appliqués n'échappe pas à ces bouleversements. La doctrine fonctionnaliste, désormais dominante, est perçue par la nouvelle génération de designers comme un nouvel académisme. Cette révolution du regard se traduit par le retour des couleurs pop, des courbes et des arrondis généreux, ainsi que la réhabilitation des tapisseries et des mousses. C'est une nouvelle adolescence qui affleure et prépare la réhabilitation de l'ornement, sous l'angle du baroquisme, de la fantaisie et de la bouffonnerie.
Agnès Lepicard - commissaire de l'exposition ©C.Pierot

Agnès Lepicard - Commissaire de l'exposition

Agnès Lepicard est responsable du département des collections du Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole depuis juillet 2017. Diplômée de l'École normale supérieure de Lyon et de la New-York University, agrégée de Lettres Modernes, elle a notamment enseigné à l'IEP Paris et à l'Université de Cambridge. Elle a travaillé entre autres pour le Musée National Picasso (Paris) au secrétariat général pour la modernisation de l'action publique (services du Premier ministre) et pour le Victoria & Albert Museum de Londres.



Une scénographie proposée par la Cité du design
Cette scénographie est constituée d'une accumulation de blocs blancs, sur lesquels sont présentés les objets, jouant avec les hauteurs et les orientations de plans horizontaux et verticaux. Elle est inspirée de la pensée d'Adolf Loos qui fut l'un des premiers à rejeter l'ornementation et à donner la priorité aux volumes dans ses bâtiments, dont les façades et les aménagements intérieurs sont dénués de toute décoration inutile. Les différentes sections sont identifiées par les couleurs prédominantes des objets exposés.

10 sections

L'exposition se compose de 10 sections qui permettent de souligner ces évolutions, au travers d'artistes, courants et événements qui ont marqué le XXe siècle.

01 - Michael Thonet : l'invention du standard


Le point de départ de la révolution moderne est porté par le génie de Michael Thonet. La technique du cintrage du bois, qui permet de plier le bois au-delà de sa courbure naturelle, ouvre la voie à la fabrication d'un mobilier industriel de série, léger, confortable, empilable, bon marché et diffusé dans le monde entier. Si Thonet n'entend pas produire un objet d'art, il invente des meubles dont la fortune sera immense dans la production du XXe siècle. L'attention se déplace de l'ornementation à la structure de l'objet dont le squelette apparaît dans son éclatante nudité. La technique du cintrage du bois donnera également lieu, au XXe siècle, à toute une série d'expérimentations sur le cintrage du métal, de la tôle et du contreplaqué.
Michael THONET - 1796, Boppard-sur-le-Rhin (Autriche) - 1871, Vienne (Autriche) - Chaise n°14 - 1859 - 1860 / Objet/Design, Chaise - Hêtre massif courbé et assise cannée rotin - 92,5 x 42 x 50 cm
© Yves Bresson / MAMC+

02 - Josef Hoffmann : la rationalisation des formes


Josef Hoffmann est l'un des architectes et designers les plus doués de sa génération. Avec son maître, Otto Wagner, il contribuera à construire le nouveau visage de Vienne, capitale de l'Empire, qui à la fin du XIXe siècle, se veut moderne et ordonnée. Dans sa production mobilière, Josef Hoffmann exalte l'alliance du luxe et du dépouillement, loin des extravagances formelles de l'art nouveau qui s'impose partout en Europe. Dans ces meubles édités par Kohn, grand concurrent de la firme Thonet, toute ornementation superflue a disparu. Le décor, réduit au minimum, ne fait que souligner les principes constructifs. En plaçant l'authenticité des matériaux et la clarté technique au service d'un mobilier limpide, fonctionnel et progressiste, la Sécession viennoise a ouvert la voie au fonctionnalisme du XXe siècle.

03 - Réductions modernistes


Abstraction, précision, géométrie, quête de pureté et d'austérité, tels sont les maîtres-mots du mouvement moderne. L'apparente sobriété des meubles tient à leur structure linéaire, leurs volumes simples, aux angles nets et aux surfaces planes. Réduites à quelques tonalités sourdes, les couleurs n'échappent pas à ce puissant mouvement de simplification. Pour Le Corbusier, Marcel Breuer ou Jules Leleu, la beauté moderne est avant tout mécaniste. Cette référence constante à la machine s'épanouit dans l'emploi de nouveaux matériaux - verre, métal ou toile tendue - traditionnellement réservés à l'univers des transports ou de l'industrie. La recherche de rationalité est poussée à l'extrême pour favoriser une production industrielle en série. Ces meubles ne sont pourtant réalisés qu'en très petit nombre à l'époque.
Fauteuil B301,1928
Objet/Design, Fauteuil Structure acier chromé, siège et dossier peau et poils, accoudoirs cuir noir 65 x 60 x 65 cm
Yves Bresson/MAMC+ © F.L.C. / Adagp, Paris, © Adagp, Paris

04 - La couleur en débat


Mystérieuse, sensuelle, innommable, la couleur est associée depuis l'Antiquité au domaine du sensible car elle n'a pas de forme et qu'au contraire du dessin, elle ne représente rien. L'usage voluptueux qu'en fera le XIXe siècle conduira les modernistes à en réduire les excès. Le Corbusier développe la "Loi du Ripolin", en référence à la peinture blanche de la célèbre marque. Il établit un parallèle entre le nettoyage des murs avec l'application d'une couche de peinture neutre, avec celui de l'esprit, évacuant ainsi toute autre forme de décor. La découverte du travail de Mondrian et du néoplasticisme le conduit à évoluer dans son traitement de la couleur, exploitée non pour ses qualités ornementales mais pour ses propriétés architecturales : la couleur ne décore pas, elle construit l'espace en plans éclatés. Chez un designer comme Gerrit Rietveld, les trois couleurs primaires forment une langue plastique universelle et rationnelle. Charlotte Perriand ou Charles et Ray Eames auront également recours à ce traitement abstrait, en agençant de façon dynamique des panneaux de couleurs primaires et de noir.


Charles et Ray EAMES - Bureau EDU,1950 / Objet/Design, Bureau - Acier chromé, panneau de bois contreplaqué (CP) finition noyer - américain et verre - 74 x 152 x 71 cm Dimensions élément 1: 120 x 43 - Dimensions élément 2: 152 x 69 - Photo numérique, Couleu

05 - L'économie de guerre et la reconstruction



Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la question de l'ornement prend un nouveau tournant. La libération lève le voile sur les destructions massives qui touchent l'Europe. La France compte 6 millions de dossiers de sinistrés et 1,5 millions de logements inhabitables. Les designers participent à l'effort de guerre et sont en première ligne de la reconstruction. Des créateurs comme Charles et Ray Eames, Pierre Guariche, Michel Mortier ou encore Jean Prouvé, qui construira 800 maisons pour les sinistrés de Lorraine, proposent des pièces épurées, intelligentes et accessibles. Les meubles doivent être exacts, modestes, répondre à des fonctions biologiques et se régler sur le corps de l'homme. Toutes les solutions expérimentées dans les années 1930 connaissent une véritable accélération : rationalisation de la production, préfabrication poussée des éléments constructifs, remise à l'honneur du bois dans un contexte de pénurie de l'acier, drainé par l'industrie lourde. L'absence d'ornement est désormais moins le fruit d'un positionnement idéologique que d'une situation inédite de rationnement, marquée par l'explosion de la demande de logements.
Charles et Ray Eames - Chaise DCW - 1945 - Chaise assise et dossier en panneau de bois contreplaqué (CP) frêne moulé - Collection du MAMC+ Saint-Etienne Métropole - © droits réservés / Eames Office - Crédit photographique : Cyrille Cauvet/MAMC+

06 - Formes utiles


Les années 1950 affichent un record historique de femmes au foyer. Le développement des réseaux modernes (gaz, eau, électricité, assainissement) fige l'emplacement de la cuisine dans l'habitation. À l'opposé de la cuisine populaire qui sert de pièce à vivre ou de la cuisine bourgeoise dont les caricatures véhiculent l'image d'une pièce sale, étroite et en bout de couloir, la cuisine moderne doit être propre, lumineuse et ouverte sur le séjour.
Les sciences domestiques, influencées par les travaux de Taylor et de Ford, assimile le travail en cuisine au travail à l'usine. La rationalisation des tâches et la mécanisation des objets ménagers, désormais raccordés au réseau électrique, doivent suppléer à la crise de la domesticité. Ces formes utiles, popularisées par le Salon des Arts ménagers, sont représentatives d'une union réussie entre le beau et l'utile. La modernisation de leurs formes trahit l'influence des équipements ménagers américains, dont la remarquable sobriété fascine. Si les foyers américains sont bien équipés dès les années 1930, il faudra attendre le Plan Marshall pour que cette révolution mécanique produise ses effets en Europe, encouragée par les formidables possibilités de moulage permises par le plastique.
Jean PARTENAY, TECHNES, Fer à repasser n°61, vers 1960 - 10,5 x 13,4 x 21,5 cm - Acrylonitrile butadiène styrène (ABS), acier chromé, fonte d'aluminium et composants électriques - Yves Bresson/MAMC+ © DR

07 - Charles et Ray Eames : mythologies plastiques


Le plastique, le polyester, la fibre de verre, répondent parfaitement aux attentes des créateurs de l'après-guerre. Ces nouveaux matériaux s'épanouissent dans des chefs d'oeuvres de Charles et Ray Eames, dont les sièges en plastique adoptent une forme nappée unique, très fluide, à la croisée de la rationalité industrielle et du confort moderne. Leur mise en production témoigne de la conversion de la société américaine d'une économie de guerre à une industrie de paix. Pour la fabrication de ces coques, le Eames Office fait appel à la société Zenith plastic qui utilise la technique du polyester armé de fibre de verre pour renforcer les équipements des avions militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Les fauteuils DAR (Dining Armchair Rod) édités en 1953 et les side chairs, produites immédiatement après, présentent des caractéristiques communes. L'assise et le dossier forment une seule pièce. La coque est laissée nue, offrant pour seul décor son aspect lisse et translucide. D'abord édités en trois couleurs (gris, beige et parchemin), les sièges seront déclinés dans des couleurs vives et des versions en tissu. La variété des piètements - en tube ou fils d'acier soudés, en bois courbé dans sa version rocking-chair - font écho aux recherches de Michael Thonet, dont les pièces de mobilier, détachables et interchangeables, permettaient déjà de multiplier les variantes.
Charles et Ray EAMES - Fauteuil PAR (Plastic Armchair with Rod), 1950-éditeur Herman Miller Furnitures Compagny, États-Unis / Acier et résine polyester insaturée renforcée de fibres de verre / 62 x 63 x 56 cm / © Hermann Miller / Eames Office Crédit photog

08 - Poésie organique



Dans les années 1950, l'idéologie fonctionnaliste connaît un certain nombre d'inflexions. Conscients des limites d'un modernisme poussé à trop de rigidité et dépouillement, les designers reviennent à des formes plus libres, tempérées par l'utilisation de la courbe, d'inspiration naturaliste. Cette poétique organique puise aux apports des cultures scandinaves et orientales, dont l'abstraction formelle, l'inspiration paysanne, le romantisme sinueux des paysages finlandais et les courbes stylisées des paysages japonais. Le fonctionnalisme curviligne tient pourtant l'ornement à distance, loin de l'excentricité et du maniérisme de l'arabesque baroque. Il maintient la distinction entre structure (intrinsèque) et ornement (surajouté). La rationalité l'emporte sur la fantaisie et se fond dans un idéal de beauté fonctionnelle, une forme souple et aboutie à laquelle il n'y aurait rien à ajouter, ni à retrancher. 
Arne JACOBSEN - Chaise Fourmi série 3100,1952 / Objet/Design, Chaise Contreplaqué de hêtre moulé et piétement métallique - 78 x 43 x 42,5 cm - Yves Bresson / MAMC+ ©DR

09 - Dieter Rams et l'école d'Ulm


En Allemagne, la collaboration entre l'école d'Ulm et la firme Braun est une application exemplaire de cet idéal fonctionnaliste. Héritière du Bauhaus, cette école allemande renforce l'enseignement théorique et adapte les techniques nouvelles de fabrication à la grande série. Son rayonnement international sera considérable. L'école d'Ulm a joué vis-à-vis de l'industrie de l'Allemagne fédérale un rôle d'incitateur. La collaboration avec la firme Braun a permis de transformer radicalement l'aspect des produits sortant de leurs fabriques et d'entraîner un changement d'attitude des fabricants et des consommateurs vis-à-vis de l'objet industriel de série. Dans les années 1930, Le Corbusier voulait déjà démontrer que l'industrie pouvait créer des objets purs par la mécanisation, qu'un appartement devait être standardisé pour satisfaire aux besoins d'un homme « de série », que la cellule habitable, pratique, confortable et belle, pouvait être conçue comme une véritable « machine à habiter ».
Cet idéal trouve son plein accomplissement chez des designers comme Dieter Rams, qui oppose aux ornements complexes et inutiles des formes sobres, neutres et parfaitement exécutées.
Dieter RAMS, Wilhelm WAGENFELD, Gerd Alfred MÜLLER - Platine type PC3SV,1959 / Objet/Design, Platine - Acrylonitrile butadiène styrène (ABS) - 9,8 x 30,5 x 21 cm - Yves Bresson/MAMC+ © Dieter Rams, © Adagp Paris, © Braun Gmbh

10 - Le temps des révolutions


Après de longues années à recycler les enseignements du modernisme, le monde des arts appliqués amorce une profonde remise en cause. Des voix s'élèvent contre le fonctionnalisme froid, symbole d'une modernité devenue quelconque et des effets pervers de la société de consommation. Les années 1960 vont réhabiliter les valeurs que le modernisme avait évacuées de son répertoire : historicisme, régionalisme, lyrisme, symbolisme, mysticisme... Les producteurs de mobilier approfondissent leur recherche sur le multiple, le combinable, les formes simples, mais ils préfèrent l'arrondi généreux à la rigueur de l'angle, les tissus et les mousses au métal dur et froid, les couleurs psychédéliques aux palettes sombres ou neutres. Dans la lignée des recherches de l'Op Art, les créations de Pierre Paulin, Joe Colombo ou Piero Gatti accompagnent la naissance du mouvement hippie et de la culture pop. Cette génération posera les bases du grand retour de l'ornement dans les années 1970 et 1980 et le consacrera non comme un luxe inutile mais comme le symbole même de la croissance et de la vie.
PAULIN Pierre - Fauteuil Ribbon chair,1966
Objet/Design, Fauteuil Armature en tube d'acier, piétement en bois laqué, garniture en mousse latex, revêtement jersey de polyamide (PA) - Yves Bresson/MAMC+

La Cité du design - École supérieure d'art et design de Saint-Étienne, centre d'expertises



Au coeur d'un quartier dédié à l'économie créative et à l'innovation, la Cité du design constitue un écosystème complet pour l'appréhension et l'intégration du design, à destination de tous les publics. Véritable plateforme de recherche, d'enseignement supérieur, de développement économique et de valorisation du design et de l'art, elle propose une programmation d'expositions, d'événements, d'ateliers, de conférences pour présenter toutes les facettes du design au grand public, aux scolaires comme aux professionnels.

La Cité du design s'appuie également sur un réseau international majeur. Saint-Étienne est la seule ville française membre du Réseau des Villes créatives UNESCO design, lui conférant une place centrale en France dans le domaine du design. Des liens entre les villes du réseau se sont tissés et ont développé des partenariats fructueux, pour la création de projets comme des forums, des expositions, ou des prix pour récompenser de jeunes designers.
L'École supérieure d'art et design de Saint-Étienne (ESADSE), membre du réseau des écoles supérieures d'art et design françaises, a pour vocation de former des artistes et designers, qui valorisent l'inventivité et la créativité. Accordant la plus grande importance à la pratique, à  l'expérimentation et aux projets personnels, elle forme 360 étudiants par an. De nombreux travaux d'étudiants sont ainsi à découvrir à l'ESADSE, sur le territoire notamment au sein de l'Antenne ESADSE, en centre-ville de Saint-Étienne, mais aussi lors de grands rendez-vous internationaux.

La Biennale Internationale Design Saint-Étienne, événement majeur du territoire.

La Biennale Internationale Design Saint-Étienne est le rendez-vous phare des acteurs du design nationaux et internationaux. Cet événement propose sur le territoire expositions, événements, conférences et ateliers pour apporter un éclairage sur les pensées et les enjeux de notre société. Créée en 1998, la Biennale se veut innovante dans un objectif de démocratisation du design pour tous les publics. En 2017, elle accueillait 230 000 visiteurs et 10 000 professionnels.
La 11e édition de la Biennale se déroulera du 21 mars au 22 avril 2019. Son statut d'événement international se confirme avec l'invitation faite aux villes chinoises du Réseau des Villes créatives UNESCO design, qui par ailleurs assureront le commissariat de certaines expositions. L'École supérieure d'art et design de Saint-Étienne lance également un appel à projets à destination des écoles nationales et internationales d'art et design.

Le Musée d'art moderne et contemporain - Saint-Étienne

Le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole propose une programmation d'expositions temporaires d'envergure internationale et valorise une collection majeure d'oeuvres du XVIe au XXIe siècle, une référence parmi les musées en région. Constituée d'acquisitions et d'importants dons et dépôts, elle rassemble aujourd'hui près de 20 000 oeuvres. Pour sa partie consacrée au design de près de 2 000 pièces, cette collection est l'une des 4 grandes collections en France, avec celle du CNAP, du Centre Pompidou et du MAD - Musée des Arts Décoratifs.
Grâce à sa réputation, le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole est sollicité, tout au long de l'année, pour des prêts d'oeuvres ou projets d'expositions, dans le cadre de grandes manifestations nationales et internationales. 300 à 400 oeuvres sont ainsi prêtées et exposées à travers le monde dans des institutions prestigieuses et des expositions hors les murs sont organisées régulièrement en France et à l'étranger.

Dans le cadre de la programmation à l'occasion de son 30e anniversaire le Musée présente, du 26 mai au 16 septembre 2018 :

Face à l'obscurité - Jean Michel Othoniel
Carte blanche à cet artiste né à Saint-Étienne pour sa troisième exposition personnelle au sein d'un musée auquel
il est profondément attaché. Une exposition qui marque un tournant dans le travail de l'artiste, avec la présentation d'oeuvres plus sombres et intimes, mais toujours aussi poétiques et mystérieuses.

Formes de vies - Valérie Jouve

Le Musée accueille pour sa première exposition à Saint-Étienne l'artiste photographe et vidéaste Valérie Jouve. Née à Firminy en 1964, elle conçoit ici une série de montages photographiques inédits, de dialogues qui s'inscrivent dans son parcours personnel.

Vues Urbaines

Une exposition de la collection de photographies du MAMC , en connivence avec l'exposition consacrée à Valérie Jouve, qui présente des oeuvres parfois inédites, offrant un regard sur la ville et ses habitants, à travers les époques
et les lieux.

Art conceptuel

Un focus valorisant les collections du MAMC , proposé par le commissaire invité Alexandre Quoi, sur un courant majeur des années 1960 et 1970, l'art conceptuel.

Considérer le monde - Collections du Musée
L'exposition inédite du Musée à l'occasion du 30e anniversaire, une occasion unique pour redécouvrir la diversité et la richesse de la collection du Musée. Une exposition où les oeuvres variées du XVIe au XXIe siècle dialoguent par-delà les époques et les conventions. 120 artistes représentés, plus de 200 oeuvres exposées, ce surprenant accrochage de la collection vous invite à considérer le monde au fil de ses utopies et de ses tragédies.


Du 1er décembre 2018 au 21 avril 2019
Le Musée présente, en collaboration avec le Centre Pompidou, le CNAP et le MAD - Musée des Arts Décoratifs de Paris, l'exposition « Design et merveilleux » (Commissariat : Marie-Ange Brayer).

La collection design du Musée d'art moderne de Saint-Étienne Métropole

Porté par l'histoire industrielle de la ville et encouragé par la réussite d'expositions importantes donnant un statut nouveau au design, le MAMC+ se lance dans les années 1980 (premiers achats en 1986) dans la constitution d'un fonds design, qui vient enrichir encore la diversité de ses collections.
La volonté est d'emblée de créer une collection généraliste, représentative de l'histoire du design, et notamment du design historique, peu présent alors dans les collections publiques françaises. Aujourd'hui, la collection valorise les évolutions du design, du dernier quart du XIXe siècle à nos jours, avec des pièces emblématiques des différents courants, centres géographiques ou personnalités marquantes, de Hoffmann à Breuer, de Perriand à Eames, de Jacobsen à Paulin ou Sottsass.
Représentative de l'histoire du design, la collection l'est aussi de ses différents types de productions : mobilier, mais également électroménager, audiovisuel s'y retrouvent, avec pour référence essentielle le design industriel et l'objet pensé pour être produit en série, l'objet « standard ».
Cette collection est vivante, enrichie chaque année de nouvelles oeuvres, venant compléter des ensembles existants ou ouvrir de nouvelles perspectives.
Avec 1 700 objets inventoriés, auxquels s'ajoutent près de 600 dessins, la collection de design du Musée d'art moderne et contemporain est aujourd'hui une référence en France, et la seule de cette ampleur hors de la capitale.

Chaise Adaptation Chair (Gradient Cooper Chair) - AM2017-1-4 - Laarman Joris (né en 1979) - (c) Joris Laarman - Localisation : Paris, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne - Centre de création
industrielle - Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CC

Design et merveilleux De la nature de l'ornement

Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole

Pour son trentième anniversaire, le MAMC+ donne carte blanche à Marie-Ange Brayer conservateur en chef au Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou. Elle a conçu Design et Merveilleux, projet présenté au MAMC+ du 1er décembre 2018 au 21 avril 2019, qui clôturera le cycle des expositions d'exception du trentième anniversaire.
L'avènement du numérique a profondément modifié la notion d'ornement dans le design. La forme ornementale s'est libérée pour s'épanouir dans une dimension calculée de transformation, de morphogenèse, qui puise sa dynamique dans les processus de croissance de la nature. L'ornement n'est plus simple motif ou « pattern », mais s'affirme désormais comme une « forme animée », générative. Au sein de cette nouvelle grammaire digitale, l'ornement ouvre sur la notion de "merveilleux" qui instaure une continuité « entre le naturel et le surnaturel » (Étienne Souriau). Cette exposition se transformera elle-même en « cabinet de curiosités » numérique, racontant une histoire inédite du design à travers une centaine d'oeuvres majeures de designers français et internationaux, issues principalement des collections du Mnam/CCI, Centre Pompidou.

Partenaires de la Cité du design

Saint-Étienne Métropole


Ville de Saint-Étienne



Région Auvergne-Rhône-Alpes


Ministère de la Culture


Groupe Casino


Assurances Koëhl


Sigvaris


Teissier


Weiss


Villes UNESCO Saint-Étienne


Partenaires du MAMC+

Saint-Étienne Métropole


Musées de France


Club des partenaires MAMC+


Les amis du MAMC+


DRAC Auvergne-Rhône-Alpes


Infos pratiques

HORAIRES D'OUVERTURE

Grand public
10h - 12h30 / 13h30 - 18h.
Fermeture le mardi.
Scolaires et groupes sur réservation
9h - 12h30 / 13h30 - 18h
du lundi au vendredi.
Fermeture le mardi.

TARIFS

Visite libre : 5€
Tarif réduit 4€
Visite guidée : 6.50€
Tarif réduit 5.50€
Offre duo visite libre (entrée Cité du design MAMC ) : 10€
Visite guidée en famille : 5€ par enfant
(jusqu' à 12 ans) - gratuit pour l'accompagnateur.